Poésies de Marges
Faisons simple : il suffit de lire.
Faisons simple : il suffit de lire.
Si tu as aimé les Poésies des Marges, pour commencer, je veux te remercier. Ça a été un projet de longue haleine, qui a mûri doucement et connu de nombreuses phases pour arriver à sa forme actuelle. Et cette forme pourra peut-être encore évoluer, je ne sais pas encore.
Tout a commencé avec l'achat d'un carnet d'écriture « Carnet carré » de chez Gallimard. Une vraie couverture de livre, le fameux liseré rouge et fond jaune pâle comme la promesse de pouvoir devenir un « vrai » écrivain. La couverture proposait de nombreux titres de romans existants et j'ai choisi Les Temps Sauvages, découvrant au passage l’œuvre de Joseph Kessel dans un podcast immersif de France Culture. Les Temps Sauvages... comment aurait-il pu en être autrement au vu de notre époque et de la furie qui gronde si souvent sous ma caboche fiévreuse ?
Avant d'y écrire le moindre mot, je me suis interrogé. Qu'est-ce que pourraient être mes « Temps Sauvages » ? Après quelques semaines de réflexion, j'ai décidé de concevoir une œuvre hybride. Ce livre serait à la fois Les Temps Sauvages (une nouvelle ou un roman que j'écrirais au brouillon pour le recopier une fois terminé, avec les contraintes du format) et un recueil intitulé Poésies des Marges (où j'avais prévu d'intercaler des poésies au format très libre au milieu et autour du récit), alliant ainsi le fond et la forme dans une œuvre à tiroirs. À ce moment-là, j'étais grandement inspiré par La Maison des Feuilles de Mark Z. Danielewski, que j'étais en train de lire (je suis toujours en train de le lire, d'ailleurs) et qui m'avait impressionné justement par cette maîtrise du fond et de la forme au service de son propos.
Des semaines (peut-être même des mois) ont passé sans que ce projet ne devienne réalité, jusqu'à ce que je me décide enfin à me mettre au travail. J'ai commencé par les Poésies des Marges pour la simplicité du processus : lorsque l'inspiration venait, j'écrivais une poésie. J'utilisais Google Keep sur mon téléphone pour favoriser l’émergence des idées, ayant toujours l'appareil sous la main.
Quand mon stock de poèmes a commencé à être conséquent, j'ai entrepris de faire du tri. Si la poésie était bonne, je la gardais. Si elle restait dans le thème, je la taguais dans Google Keep d'un superbe « Poésie des Marges ». Puis j'ai eu l'idée de les matérialiser, pour leur donner du corps et encore plus d'espace pour s’épanouir. Je les ai recopiées sur un bloc-notes A5 qui traînait par là, et je me suis retrouvé avec une pile de feuilles sur mon bureau. Une nouvelle idée m'est alors venue : et si je les accrochais sur ma porte d'entrée ? Encore une fois, le but était de stimuler mon imagination et mon écriture. Et de remplir ma porte en alignant les feuillets — défi personnel oblige, toi-même tu sais.
J'ai continué à recouvrir ma porte d'entrée (en prenant même le soin de tout décrocher lors du passage de mon propriétaire, pour tout raccrocher juste après son départ) jusqu’à ce que j'estime le recueil complet. Il fallait alors m’atteler à la partie la plus compliquée : écrire Les Temps Sauvages pour y glisser mes Poésies des Marges. Je ne sais plus si j'ai laissé tomber ou simplement oublié le projet initial, mais toujours est-il que je n'ai jamais écrit Les Temps Sauvages. En revanche, j'ai publié Les Poésies des Marges ici, puisque j'avais un recueil que j'estimais abouti.
La dimension spatiale m'est venue à ce moment-là. L'articulation entre « Les Espaces », « Les Marges » et « Hors des Marges » a émergé, et j'ai écrit des poèmes spécialement pour ces thématiques, en y incorporant ceux que j'avais déjà. C'est là que la notion de recueil a pris tout son sens. Je considère cet ensemble à la fois comme une opportunité d'utiliser des poésies existantes et d'en composer de nouvelles pour servir ce propos spatial émergent. La question de l'espace étant au cœur de mon métier de géomaticien, elle ne m'est probablement pas venue par hasard.
Une première version du recueil a donc vu le jour en décembre 2025. Assez simple dans la forme (format A5, texte blanc sur fond noir, pas d'illustrations), la partie « Hors des Marges » a été une vraie révélation. J'ai joué davantage avec la typographie qu'avec les mots eux-mêmes, une grande première pour moi. Plus tard, j'ai découvert qu'il existait des courants de la poésie moderne qui exploraient cette voie, mais moi je l’arpentais pour la première fois et j'adorais ça. Une fois encore, je comprenais et expérimentais viscéralement que la forme est aussi importante que le fond, ce qui est particulièrement vrai en poésie.
Satisfait de mon recueil, l'histoire aurait pu s’arrêter là. Mais l'appel à textes d'une maison d'édition a été trop fort, et j'ai remis l'ouvrage sur le métier. J'ai davantage modifié la forme que le fond, même s'il y a eu quelques ajustements. J'ai également conçu des illustrations pour « Les Espaces », « Les Marges » et « Hors des Marges ». C'est cette version 2 que vous avez lue aujourd’hui.
Il est possible qu'un jour je travaille sur une version 3, ou que je retouche à nouveau la version 2. Je me suis détaché de ce côté « sacré » de l'écriture qui lui confère une aura immuable. Le « une fois que c'est écrit, on n'y touche plus » peut bien aller se faire fou*re : mes textes seront ce que j'ai envie qu'ils soient au moment où je le décide.
Et s'ils te plaisent, à toi mon cher lecteur adoré, alors le pari est gagné.